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IA

Jacques Perrin
La Nation n° 2294 12 décembre 2025

Dans un article du 28 novembre 2025, nous avons évoqué le philosophe Martin Heidegger craignant que le calcul ne vienne supplanter toute autre forme de pensée et soit le seul autorisé à s’exercer. Chacun a entendu parler de l’intelligence artificielle (IA), surpassant la plupart des êtres humains dans le calcul et la résolution de problèmes, capable de traiter toujours plus vite des milliards d’informations, de converser avec des personnes, de produire des textes, des images, des vidéos, voire des œuvres d’art. Beaucoup de gens l’utilisent.

Il existe des milliers de livres et d’articles sur l’IA. Nous avons choisi de consacrer des pages au livre de Luc Ferry, IA, grand remplacement ou complémentarité? paru en 2025 aux Editions de l’Observatoire. Pourquoi? L’ouvrage de 326 pages est nourri d’arguments pour et contre l’IA, issus de discussions avec des chercheurs de toutes tendances. Il est suffisamment clair – l’auteur a un certain talent pédagogique – pour qu’un ignare numérique tel que votre serviteur puisse y comprendre quelque chose et rédiger son article sans confier le soin de résumer le livre à… l’IA.

Luc Ferry est un philosophe français né en 1951, souvent vu et entendu dans les médias, à la chevelure d’un noir profond, sûr de lui, disert, parfois agité. Son père construisait des voitures de course. Il étudia la philosophie à la Sorbonne et à Heidelberg, puis l’enseigna dans diverses universités françaises. Il maîtrise bien l’allemand et l’anglais. Il fut aussi ministre de l’Education nationale sous Jacques Chirac. Presque chaque jeudi, il fournit des réflexions au Figaro. Il se vante d’avoir écrit plus de deux cent livres. Il semble avoir un faible pour l’amitié. Il décerne le titre d’ami voire de grand ami à des dizaines de personnes. Il est marié, il a trois filles. Son enthousiasme communicatif se traduit par l’abondance d’adjectifs tels que bluffant, sidérant, crucial, exponentiel, bouleversant, inquiétant, époustouflant, génial… Il se laisse emporter par de multiples urgences et la proclamation de valeurs bien entendu absolues. Comme beaucoup d’intellectuels français, il a horreur d’être dupe et refuse de mettre la tête dans le sable; il décrit les choses telles qu’elles sont, sans fard, prétend-il. Esprit combatif, plutôt libre, il a son franc-parler et a osé démonter sur LCI, chaîne de TV ukrainophile au dernier degré, le narratif belliciste de Macron (qu’il n’aime pas) et de l’UE sur la guerre en Ukraine, réhabilitant même la Russie.

Ferry, disciple de Kant, est un philosophe inspiré par les Lumières. Il est athée, manifestant cependant du respect pour le christianisme qui l’inspire dans sa philosophie de l’amour, de l’amitié, du mariage choisi et de l’enfance. Il est démocrate et défend les droits de l’homme. Libéral vaguement conservateur, il déteste l’écologie décroissantiste, mais aussi le néolibéralisme américain qu’il ne définit pas. Il encourage une spiritualité laïque tout en se démarquant des entourloupes du développement personnel. Il n’est ni nationaliste ni souverainiste. Il voudrait une Europe forte, capable de rivaliser militairement et en techno-science avec la Chine et les Etats-Unis – notamment sous le rapport de l’IA qui donne selon lui la maîtrise du monde.

Dans un prochain article, nous résumerons les quatre premiers chapitres du livre et réserverons les deux derniers, plus philosophiques, à une discussion ultérieure.

En matière d’IA, les choses vont vite. Ferry affirme que l’IA exclura beaucoup de cols blancs, mais épargnera les métiers qui allient l’intelligence à la main et au cœur. Dans Le Figaro du jeudi 4 décembre, il constate qu’Elon Musk va lancer la production de dix millions de robots humanoïdes au prix de 20 000 dollars la pièce, capables de travaux manuels complexes et d’efforts illimités sur les chantiers, sans grèves, 24 heures sur 24. Les cols bleus aussi risquent d’être décimés.

(à suivre)

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