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CORA, un problème de cadrage

Quentin Monnerat
La Nation n° 2294 12 décembre 2025

A l’occasion de sa création, une conférence de presse a été donnée le lundi 1er décembre par la Coalition romande antiraciste (CORA), rassemblement de différents collectifs engagés contre le racisme. Elle y a présenté ses revendications qui sont principalement orientées contre le fonctionnement actuel de la police. CORA souhaite des statistiques afin de contrer le délit de faciès, elle demande la suppression des patrouilles pour les remplacer par des acteurs socio-sanitaires, un organe de contrôle indépendant de la police. Elle veut aussi restreindre le port d’armes pour certaines missions, et renoncer à poursuivre des mineurs en fuite sur un véhicule. Ces revendications ont pour but de répondre au problème du racisme systémique qui a fait débat depuis l’affaire des groupes WhatsApp de la police, et depuis celles des personnes décédées lors d’interventions.

La lutte contre le racisme est un combat légitime, qui mérite d’être mené intelligemment et en évitant certaines confusions. Le racisme systémique est un concept né aux Etats-Unis dans le cadre des luttes en faveur des Afro-Américains. Il est utilisé pour décrire un racisme persistant, après plus de deux siècles d’esclavage, un siècle d’apartheid, soit un racisme institutionnalisé par des lois, qui a laissé une trace profonde dans la culture et la mentalité américaines. Un tel passif rend l’utilisation du terme «systémique» valable pour parler d’un racisme ancré par l’histoire dans les mentalités et les institutions. Mais il est inadéquat dans notre Pays qui n’a pas eu d’histoire coloniale, qui n’a pas pratiqué l’esclavage et dont la culture et les institutions ne se sont pas construites aux côtés du racisme.

Les antiracistes partent du constat que les populations d’origine immigrée sont plus représentées dans les confrontations avec la police. Ils en tirent la conclusion que la police est raciste, là où le racisme serait d’affirmer que la criminalité est liée à l’ethnicité de la personne. Ces deux manières de faire un lien entre ethnicité et altercation avec la police écartent un facteur bien plus important. La criminalité et les délits sont plus fréquents chez les populations défavorisées, pour des raisons économiques et liées au niveau d’éducation. Sans ressources, les classes sociales basses sombrent plus facilement dans ces situations. Et dans les villes, ce sont les populations immigrées qui constituent une part importante des populations défavorisées, les raisons économiques étant souvent le motif de leur migration. Les revendications de CORA démontrent ce problème de cadrage et la non prise en compte de la question sociale dans leur façon de poser le problème.

Il est particulièrement regrettable de voir que la gauche a abandonné ce cadrage pour lui préférer celui du racisme systémique. Puisque le problème est lié à la situation économique et au niveau d’éducation, c’est l’intégration des populations immigrées qui doit être le cœur de la solution. Projeter du racisme sur ces situations revient à établir un faux lien de causalité entre les interventions de la police et l’origine des interpellés. C’est oublier ce troisième facteur, celui de la question sociale, qui n’est pas mobilisée dans le débat.

CORA peut légitimement lutter contre le racisme, mais si elle souhaite que l’immigration ait moins affaire à la police, c’est l’intégration qui devrait être au cœur de ses revendications.

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