Le député, le stagiaire et la guerre
«Ce film est basé sur des faits véridiques qui ne se sont pas encore produits, mais qui ne sauraient tarder.» Ainsi commence Guibord s’en va-t-en guerre, film québécois de 2015 réalisé par Philippe Falardeau.
Steve Guibord est député indépendant au parlement canadien pour une petite circonscription du Québec. Par un concours de circonstances, il se trouve que son vote sera décisif pour l’entrée en guerre du Canada au Moyen-Orient. Sur conseil de son nouveau stagiaire, il décide de consulter les habitants de sa circonscription pour choisir l’orientation de son vote. Ce stagiaire, Souverain Pascal, est un jeune Haïtien qui récite Rousseau par cœur et qui, débarquant avec enthousiasme de Port-au-Prince, est confronté à la réalité de la vie politique.
Durant le film, le député Guibord est tiraillé entre la pression journalistique, les manigances politiciennes du premier ministre, celles des pacifistes et de ses opposants locaux, le désintérêt des travailleurs pour une guerre éloignée, ainsi que les tensions familiales exacerbées par la situation – sa femme et sa fille ont des positions très opposées. La circonscription est également divisée par un conflit entre les bûcherons et les autochtones Algonquins. Enfin, toutes ces péripéties sont suivies de près en Haïti.
Le film est bien ancré dans les particularités de la politique québécoise, tout en touchant à l’universel. Les principes politiques rencontrent la réalité du terrain, les grands enjeux de la guerre, la vie quotidienne de la région. Le récit est aussi celui d’un apprentissage et de relations humaines, même si le thème central reste la politique et la démocratie. La passion du réalisateur pour son sujet se ressent dans la qualité de l’écriture. L’histoire baigne dans une ambiance proche de celle d’une fable, malgré son côté réaliste. La musique et les paysages du Nord québécois accompagnent cette plongée. Mais le film demeure avant tout une comédie satirique particulièrement drôle. Bref, même après dix ans, on est toujours heureux d’y replonger.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- De belles victoires, mais… – Editorial, Félicien Monnier
- Voyage au centre du monde (1) – Sébastien Mercier
- Ramuz – La langue qui tient un pays debout – Yannick Escher
- Boîte à livres – Jean-Blaise Rochat
- Le nom du vin – C.
- Aspects du droit de vote – Olivier Delacrétaz
- L’affaire des 200 milliards – Jean-Hugues Busslinger
- IA – Jacques Perrin
- CORA, un problème de cadrage – Quentin Monnerat
- Davantage de moyens – Frédéric Monnier
- Culture ou climat, il faut choisir – Le Coin du Ronchon
