Voyage au centre du monde (1)
Voici un retour d’expérience d’un récent voyage de trois semaines à travers la Chine. Le soussigné se propose de retracer en plusieurs petits articles la découverte de lieux et de gens encore sous-estimés.
En ce siècle, la Chine ne va pas devenir le centre du monde, elle l’est déjà.
Peuple ordré, peuple indiscipliné
Probablement que certains Vaudois pensent, comme je le croyais, que les Chinois sont des figures introverties, réservées et distantes, à la manière des Japonais.
C’est tout l’inverse: en Chine, le bruit est constant et les Chinois grégaires. Curieux, les hommes vous auscultent, négativement comme positivement. Les femmes feignent l’indifférence, mais se retournent au dernier moment. S’ils pratiquent l’anglais (c’est de plus en plus le cas), ils viendront aborder l’étranger avec de grands sourires et multiplieront volontiers les questions; ils sont ouverts, mais respectueux, sans chercher à importuner. Sans forcément pouvoir la placer sur une carte d’Europe (placez donc le Tadjikistan sur celle d’Asie!), ils connaissent la Suisse et paraissent en avoir une excellente image.
L’ordre chinois ne se résume pas aux seules règles officielles. Les caméras, nombreuses dans les grandes villes, discrètes voire inexistantes dans les plus petites, dictent les comportements. Hors des tourelles de surveillance, traverser à toute berzingue, cracher, fumer ou se parquer rapidement est un comportement habituel. En présence des vigies, c’est une tout autre chose. Le Chinois a pris l’habitude d’être toujours filmé, il sait quand une caméra le regarde et quand elle ne le voit pas; cette intuition dirige ses comportements naturels et les moments de retenue. Ce double jeu ne semble pas beaucoup le gêner, il est heureux de se sentir en sécurité. Difficile de lui donner tort sur ce point: aucune insécurité n’est ressentie, les policiers sont peu présents en dehors des sites touristiques, concentrés derrière leurs écrans de contrôle.
Les Chinois traînent la réputation dans le reste de l’Asie d’être bruyants, sales et désobligeants. Les standards de propreté dans les grandes villes n’approchent pas Zurich mais sont certainement meilleurs qu’à Lausanne. Il faut reconnaître que le gouvernement a fait maints efforts afin d’endiguer les problèmes d’insalubrité. Si elle n’est plus visible, on la devine derrière les ruelles touristiques, dans les habitations et dans les rues excentrées. Il est vrai que la vieille génération chinoise n’est pas habituée à la même hygiène, mais la nouvelle, adepte par confort, est plus proche de nos habitudes sur ce point.
Attachés à l’ordre par respect des règles écrites et de la hiérarchie, les Chinois restent d’une indiscipline presque enfantine quand celles-ci ne font pas encore force de loi. Dans les foules, ils bousculent et se pressent sans attention ni relâche. Ils parlent, voire téléphonent pendant les spectacles, applaudissent à peine à la fin d’une représentation et partent dans la minute où celle-ci finit. Devant l’absence de conception d’espace vital dans leurs mégapoles, il nous faut accepter de manquer de moments de silence et de jouer parfois des coudes dans la foule, sans en prendre ombrage. La culture chinoise promet beaucoup de choses si l’on sait mettre de côté ces aspects, qui restent malgré tout anecdotiques.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- De belles victoires, mais… – Editorial, Félicien Monnier
- Ramuz – La langue qui tient un pays debout – Yannick Escher
- Boîte à livres – Jean-Blaise Rochat
- Le député, le stagiaire et la guerre – Benjamin Ansermet
- Le nom du vin – C.
- Aspects du droit de vote – Olivier Delacrétaz
- L’affaire des 200 milliards – Jean-Hugues Busslinger
- IA – Jacques Perrin
- CORA, un problème de cadrage – Quentin Monnerat
- Davantage de moyens – Frédéric Monnier
- Culture ou climat, il faut choisir – Le Coin du Ronchon
