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Anne Croset / Félicien MonnierOn nous écrit
La Nation n° 2298 6 février 2026

Merci de consacrer deux pages (La Nation n° 2296 du 9.01.2026) à l’affaire Jacques Baud. Elle suscite en effet de nombreuses réactions – choquées et de soutien – dans beaucoup de pays, européens ou non. Vous avez raison d’indiquer que les sanctions frappant M. Baud constituent une violation des libertés fondamentales du citoyen (pourtant garanties par nos constitutions) et aussi de qualifier la décision de l’UE d’« imprécise et arbitraire».

Cela étant, permettez à une fidèle lectrice de La Nation les réflexions suivantes:

Tout d’abord, M. Monnier écrit que les quatre ouvrages de J. Baud consacrés à l’Ukraine (il y en a cinq en fait!) « sont parsemés d’attaques personnelles et que leur ton est lourdement polémique», « ce sont des faiblesses». Je me demande, pour ma part, si nous avons lu les mêmes textes. Car M. Baud, en analyste stratégique de premier ordre, fournit un travail rigoureux, impartial, solidement documenté et sourcé. Et ceux qui le connaissent savent qu’il est un homme intègre et prudent. Et si, au cours d’une analyse sérieuse, il lui arrive de dire que tel politicien ment ou que tel journaliste affabule, il fournit les preuves de ses assertions (cf. l’affaire du faux détournement de l’avion de Ryanair à Minsk, mentionné par votre rédacteur).

Deuxièmement, M. Monnier estime que J. Baud a commis « une solide bourde» dans son appréciation de la présence d’un contingent nord-coréen en Ukraine. C’est possible, mais alors, sur quels éléments factuels, sur quelles preuves un tel avis journalistique – péremptoire et non étayé – repose-t-il? J’aimerais bien le savoir, car faire du renseignement signifie comprendre! Prétendre que Jacques Baud a une « volonté obsessionnelle de montrer qu’on connaît le dessous des cartes» est plutôt ridicule, sachant que l’analyse stratégique se caractérise par une recherche constante et rigoureuse de ce qui est, pas de ce qu’on voudrait voir!

Contrairement à ce qu’affirme votre rédacteur, M. Baud ne se prévaut jamais – ni oralement, ni par écrit – de son « prestigieux grade de colonel EMG pour asseoir son propos». Il n’en a pas besoin, car le reste de son curriculum vitae – avec des nombreux domaines d’expertise – parle pour lui, et même impressionne.

Enfin, M. Monnier est d’avis que « les propos de Jacques Baud affaiblissent la position de la Confédération». On ne voit pas très bien en quoi cet analyste indépendant aurait à se faire l’écho d’une quelconque position gouvernementale, alors même que son intégrité intellectuelle est largement reconnue et saluée dans de nombreux pays!

Anne Croset

Cette lettre appelle quelques précisions. La télévision nord-coréenne a elle-même diffusé des images d’un rapatriement de soldats nord-coréens tombés en Ukraine, de même que de cérémonies de décoration présidées par Kim Jong Un. Des chaînes occidentales ont repris ces images. Nous les avons mentionnées dans notre article. Elles sont faciles à retrouver sur internet. Cela nous semblait une preuve suffisante de l’engagement de troupes nord-coréennes sur le sol européen.

Les quatre ou cinq livres que M. Baud a consacrés en quatre ans au conflit, malgré leur énorme tirage et l’appréciation formelle que nous maintenons à leur propos, ne sont pas les raisons de sa très problématique mise sous sanctions. C’est bien plutôt sa prolifique présence sur internet et les réseaux sociaux qui en est à l’origine. Avec des formats très marqués par l’immédiateté, ces derniers facilitent les approximations. Les algorithmes rassemblent les publics selon leurs inclinations, ce qui encourage les exagérations. En outre, pour de nombreux jeunes utilisateurs de ces réseaux, la dissidence est synonyme de provocation divertissante. Le risque est de la prendre systématiquement pour la vérité.

Les grandes puissances tirent profit de cette jungle pour répandre leurs narratifs, ou simplement diviser leur adversaire. Cette triste réalité – on parle parfois d’ère de la post-vérité – est le contexte dans lequel l’UE a pris sa décision. Sa connaissance nous paraît au moins aussi importante que celle de l’art opératif russe.

L’éditeur et les interlocuteurs de M. Baud rappellent généralement son grade et son CV. Cela suffit pour que M. Baud en tant qu’ancien officier supérieur engage, même involontairement, par ses propos et opinions, l’image de la Suisse et de son armée. Si le citoyen-soldat demeure libre de son opinion, il n’est pas illégitime de l’inviter à une certaine retenue dans la polémique, en particulier lorsqu’une large part de son public est d’origine étrangère.

L’attaque du 24 février 2022, tout comme l’attitude du président Trump, ont pour conséquences de renforcer l’OTAN et l’Union européenne. Cela n’est pas dans l’intérêt de la Suisse et augmentera les pressions qu’elle subira. Les sanctions contre le colonel Baud dévoilent le visage d’une UE qui se comporte de plus en plus comme un Etat à part entière et gagne en puissance autonome. Alors que bouillonne le débat sur le paquet d’accords, c’est la chose principale à retenir de cette affaire.

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