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200 francs suffiront

Félicien MonnierEditorial
La Nation n° 2298 6 février 2026

L’initiative «SSR 200 francs ça suffit» propose la suppression de la redevance pour les entreprises et l’abaissement de la redevance des ménages à un montant de 200 francs, pour 335 actuellement. Les recettes annuelles de la SSR baisseraient de 1,25 milliard à 850 millions, revenus publicitaires compris.

Le Conseil fédéral oppose un contre-projet qui réduit la redevance des ménages en deux paliers: 312 francs en 2027, 300 francs en 2029. Seuls 20% des entreprises assujetties à la TVA continueraient de payer la redevance.

L’argumentaire des partisans mêle antiétatisme libéral et accusations de biais politiques contre la SSR. Contrairement à «No Billag», rejetée en mars 2018, le principe du service public n’est plus contesté, seulement son ampleur.

Certains défendent la SSR comme outil de défense de la souveraineté, voire de politique de sécurité, dans les mains d’une Confédération confrontées aux opérations de désinformation, qu’elles soient commerciales ou politiques, diviseuses ou déstabilisatrices. A ce titre, la SSR doit rester un canal de communication pour nos autorités. Le traitement de l’incendie de Crans-Montana, le suivi des conférences de presse comme de la cérémonie d’hommage est un bon exemple du rôle social et rassembleur que la SSR doit jouer en Suisse. Cela n’empêche pas nos autorités d’intervenir elles-mêmes directement sur les réseaux sociaux.

N’oublions cependant pas que la sensibilité du public au fake news prend pour partie racine dans la confiance brisée, à l’égard des institutions comme des médias. C’était la ligne que nous adoptions il y a six ans en intitulant «Coup de semonce» notre commentaire de «No Billag» (La Nation n° 2089, du 2 février 2018). Ne parvenant à nous résoudre à voir la SSR disparaître, craignant le saut dans l’inconnu, estimant aussi ce qu’on perdrait, nous appelions la SSR à tenir compte de la défiance d’une part du public.

La SSR ne paraît pas avoir tiré les leçons de la campagne. On aurait au moins pu attendre un audit sur son orientation politique, ou la déclaration par ses journalistes de leurs intérêts. Les facilités de langage que nous dénoncions, politiquement orientées à gauche, fleurissent encore. Un simple exemple: le 27 janvier dernier, dans l’émission radiophonique «Drôle d'époque» consacrée à Roland Butikofer, écrivain et auteur d’une thèse sur la Ligue vaudoise, la commentatrice a parlé des «traits crispés d’individus ignobles» pour décrire des portraits de nos fondateurs qui illustrent l’ouvrage. Elle s’abandonnait à l’un de ces raccourcis moraux qui polluent les commentaires politiques de la RTS. Il fallut que M. Butikofer la démente avec insistance.

La rupture de confiance découlera notamment de la prétention de la SSR à l’objectivité journalistique, que lui impose son mandat de service public. Le journal Le Peuple a développé un observatoire de la RTS fondé sur une analyse quotidienne de ses programmes au moyen de l’intelligence artificielle1. Il aboutit à la conclusion que la RTS penche systématiquement au centre-gauche. L’intelligence artificielle n’est certes pas la panacée, mais il s’agit d’une bonne base de travail.

Nous postulons pour notre part que l’objectivité journalistique est impossible. Le seul choix des sujets traités, des personnes invitées, exprime déjà une hiérarchisation thématique et politique, entre traitement obsessionnel et indifférence. Les mots portent rapidement une charge idéologique. C’est la responsabilité des rédacteurs en chef que de prévenir, empêcher et, si nécessaire, sanctionner les usages et les penchants.

La technologie permet à la RTS de très rapidement compiler ses émissions pour constituer de véritables dossiers, mêlant vidéos et textes structurés. Faisant cela, elle concurrence déloyalement la presse traditionnelle, y compris dans son offre numérique. L’application RTS Info décourage plus d’un lecteur de s’abonner à un titre quotidien. La solution ne doit pas passer par l’arrosage généralisé, qui étendrait l’étatisme, mais par un rééquilibrage des rôles et des possibilités.

Une réduction de la voilure de la RTS ouvrira du champ dans le monde de l’information. Les opposants agitent la menace de l’arrivée d’un CNews suisse, accusé d’être commercial et politiquement racoleur. En France, le succès de ces médias vient d’une déception à l’égard d’un service public encore plus politisé que chez nous. Sans compter que CNews répond en fin de compte à une demande pour une chaîne conservatrice…

De plus, un mouvement fédéraliste comme le nôtre ne peut regarder qu’avec scepticisme une institution fédérale comme la SSR. Centrée sur l’approche linguistique, elle contribue fortement à façonner une identité purement romande. En cas d’acceptation de l’initiative, la question se posera des responsabilités que les Cantons entendent prendre. La croissance démographique annoncée justifierait encore plus que le Canton retrouve une pluralité médiatique perdue en trente ans.

Se fondant sur la gratuité et la commercialisation des données, les réseaux sociaux ont profondément ébranlé le monde de l’information. Les nouveaux maîtres de l’information sont Youtube, Instagram, TikTok et les barons de l’intelligence artificielle. Des contenus de sources peu fiables, voire inconnues, parfois au détriment des droits d’auteur des journalistes, s’y produisent et s’y propagent à une vitesse et avec une ampleur exceptionnelles. Compétente en matière de diplomatie et de fiscalité internationale, la Confédération pourrait veiller à ce qu’ils ne concurrencent pas nos offres journalistiques payantes, RTS inclue. Depuis 2024, la Lex Netflix oblige les producteurs étrangers à investir dans le cinéma suisse. La Ligue vaudoise s’y était opposée au nom des dangers du «qui paie commande». Une taxation en Suisse des revenus publicitaires des réseaux sociaux permettrait de donner aux Cantons le moyen de soutenir, par des aides indirectes, la renaissance d’une information diversifiée.

Nous voterons OUI le 8 mars 2026 à l’initiative «200 francs ça suffit».

Notes:

1   https://agora.lepeuple.ch

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