Voyage au salon des goûts et terroirs
Du 29 octobre au 2 novembre dernier s’est déroulée à Bulle la 25e édition du Salon suisse des Goûts et Terroirs. Des dizaines de milliers de personnes s’y sont rendues pour déguster les merveilles gustatives de plus de trois cents artisans-producteurs.
Une particularité de ce salon est la répartition de ses stands par Canton. Il y en avait dix-huit représentés cette année. On y voyage ainsi, de dégustation en dégustation, au travers de la Suisse des terroirs: on se donne rendez-vous au Jura, après un détour arrosé par le Valais et un arrêt gourmand dans l’allée vaudoise.
Au fil des années, des itinéraires se créent. On retrouve avec joie les producteurs avec qui on avait taillé le bout de gras l’année précédente. Après les vins, on fait l’arrêt obligé au stand de la distillerie d’absinthe Artemisia du Val-de-Travers. Son producteur, blouse bleue d’ouvrier et chapeau noir, est devenu un personnage incontournable du salon. On se rend ensuite au Tessin pour déguster un café torréfié par une passionnée, pour terminer par la douceur d’un pain d’épice arrosé d’eau-de-vie de poire.
S’il est heureux de retrouver les visages et les produits qui nous ont ravis les années précédentes, le salon est évidemment l’occasion de nouvelles découvertes à chaque visite. A ce titre, chaque édition met à l’honneur un invité extérieur à la Confédération. Cette année, c’était la principauté du Liechtenstein qui présentait son terroir. Si leur Riesling ne manquait pas de caractère, nous n’avons pas opté pour leur plat traditionnel, trop simple à notre goût: des spätzlis au fromage. Il faut dire que l’impressionnant stand de la société ChasseSuisse, non loin de celui du Liechtenstein, lui faisait une concurrence déloyale en proposant également des spätzlis, mais comme accompagnement d’un civet de cerf.
Outre l’invité d’honneur et les Cantons, le salon propose également des stands plus exotiques. Une allée de l’étage exhale des senteurs orientales. Les épices en vrac y côtoient des sauces pimentées à réveiller un mort. Pour notre part, nous avons fait notre habituel détour en Bretagne pour gober une huître à la vinaigrette accompagnée d’un verre de Sauvignon blanc. Telle la madeleine de Proust, la saveur iodée de l’huître nous renvoya fugacement à des vacances passées sur la côte atlantique.
Mais ce qu’il y a peut-être de plus marquant dans ce salon, hormis la diversité et la qualité des produits, c’est la chaleureuse ambiance qui y règne. Ayant été contraints d’attendre des amis devant l’entrée, nous avons été marqués par la gaieté ambiante. Les visiteurs coincés dans la file, les agents de sécurité ou encore les bénévoles aux guichets, tous souriaient et blaguaient volontiers. Cette impression nous a été confirmée par plusieurs artisans qui nous confiaient considérer «Goûts et Terroirs» comme l’une des foires les plus conviviales de sa catégorie. Durant cinq jours, dans cette halle de la capitale gruérienne, le marasme géopolitique ambiant et la folie de l’économie numérique dématérialisée furent oubliés. Des humains bien réels se parlaient, riaient, négociaient et échangeaient des espèces contre des produits faits de mains d’homme. L’antithèse de la société cybernétique vers laquelle nous courons.
Assis à l’extérieur pour attendre la navette qui nous ramènera au parking, nous nous mettons à rêver d’un comptoir vaudois organisé de manière analogue. A la place des Cantons, nous trouverions les régions si diverses du Pays de Vaud. Les communes seraient mises à l’honneur en exposant leurs meilleurs artisans. On dégusterait du Chardonne dans l’allée de Lavaux puis on casserait la croûte avec un pâté d’Etagnières au stand du Gros-de-Vaud; une gentiane à la Vallée de Joux avant de monter au Pays-d’Enhaut pour une terrine de chasse. Un véritable voyage gustatif dans le Pays réel vaudois.
Les halles de Beaulieu sont-elles disponibles?
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Paquet d'accords: les Cantons divisés sur la double majorité – Editorial, Félicien Monnier
- Une attaque contre M. Regamey – Olivier Delacrétaz
- La passion de transmettre le métier – Jean-François Cavin
- Lire Dostoïevski à travers le prisme de la substitution – Yannick Escher
- Christianisme et Judaïsme, frères ennemis – Colin Schmutz
- Boîte à livres – Jean-Blaise Rochat
- La raison, usage et abus – Olivier Delacrétaz
- Donnez! – C.
- Le Nord vaudois retrouve son journal – Frédéric Monnier
- Calculer, méditer aussi – Jacques Perrin
- Un problème de revenus? – Olivier Klunge
- Le grand remplacement? Pourquoi pas… – Le Coin du Ronchon
