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Dépeuplement?

Jean-François Cavin
La Nation n° 2295 26 décembre 2025

On savait que la natalité suisse est en baisse et que seule l’immigration accroît notre population. Mais quand le démographe Manuel Buchmann, qui pointe un taux de fécondité de 1,29, le plus bas de l’histoire connue (il faudrait 2,1 pour maintenir la population), calcule que la Suisse, sans l’immigration, ne compterait plus que 5 millions d’habitants en 2070, cela fait tout de même un choc. Une diminution de presque la moitié! Pour l’effectif global, nous reviendrions à la situation de 1955.

Mais au fond, serait-ce grave? On n’a pas si mal vécu à cette époque. Cette perspective réjouit sans doute quelques rêveurs, qui se voient fort bien, chaussés de sabots, garder des chèvres dans de vastes campagnes. Elle peut même séduire des nostalgiques du bon vieux temps.

Mais il faut imaginer aussi des quartiers inhabités, avec certains immeubles tombant en ruines, des vallées dépeuplées, une vie culturelle réduite à peu de choses. Et surtout, on doit se rappeler qu’en 1955, la jeune génération était forte; au XXIe siècle, elle s’étiole. Dans l’avenir, faute de personnel, les industries partiraient; et qui soignerait les nombreux vieillards dans les hôpitaux et les EMS? Un tableau réaliste de cette Suisse à 5 millions, c’est celui d’un pays qui dépérit.

Le conseiller national valdo-valaisan Addor s’en alarme et propose que la Confédération adopte une politique nataliste. On partage sa préoccupation, mais le remède semble voué à l’échec. Dans les pays qui ont promu une telle politique, les résultats sont minimes et l’on reste bien au-dessous du taux nécessaire au maintien de la population. On doit plutôt considérer que la baisse de la fécondité résulte de causes culturelles et sociales multiples et profondes. En outre, des allègements fiscaux supplémentaires en faveur des familles n’auraient guère de sens au niveau fédéral, où l’IFD épargne déjà largement les revenus modestes et moyens; au niveau cantonal, il n’appartient pas à la Confédération de modeler la fiscalité.

L’avenir, bien sûr, ne se présente pas de façon aussi radicale que dans l’hypothèse présentée par M. Buchmann. Une certaine immigration va perdurer; on ne sait pas exactement à quel niveau; cela dépend du sort qui sera fait à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» et au paquet des accords avec l’Union européenne; et encore de la conjoncture économique, en particulier de l’importance des délocalisations qu’envisagent nos entreprises, avec ou sans les pressions de M. Trump. Si la situation reste semblable à ce que l’on connaît aujourd’hui, on peut s’attendre à ce que la croissance démographique se poursuive quelque temps; on pourrait dépasser légèrement les 10 millions vers 2050, mais la courbe cessera de grimper. La Suisse à 10 millions, ce n’est pas là le problème – à condition que le pays adapte ses infrastructures.

Le problème est bien plutôt d’assurer le maintien de nos activités et de nos régimes sociaux avec une population où le nombre des retraités augmente et celui des actifs diminue. M. Mäder, président d’Economiesuisse, propose diverses pistes: améliorer la productivité grâce à la sobriété réglementaire, la légèreté des impôts et la qualité des infrastructures, miser sur les nouvelles technologies (l’intelligence artificielle est une chance plus qu’un risque), augmenter la durée de la vie active. On ne peut qu’approuver; le monde politique en est-il capable?

Quant à l’immigration, elle sera nécessaire. Mais elle présente certains risques, surtout pour l’identité du pays. Les efforts d’assimilation doivent être poursuivis, en particulier par la participation des étrangers à la vie sportive et associative. De plus, l’immigration licite est une chose; l’immigration clandestine en est une autre, et nous avons l’impression (il n’y a bien sûr pas de chiffres) qu’elle est importante. Les contrôles devraient être puissamment renforcés, des pénalités appliquées avec rigueur; et pourquoi ne pas instaurer un visa touristique pour certains pays, afin d’éliminer les faux estivants?

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