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Hermann Suter, compositeur suisse à découvrir

Frédéric Monnier
La Nation n° 2308 26 juin 2026

Après le Honegger d’Alain Corbellari (voir La Nation n° 2307 du 12 juin dernier), penchons-nous sur un autre compositeur suisse à découvrir dans la collection Presto des Editions Infolio.

James Lyon, historien de la musique, déjà auteur, dans la même collection, d’opuscules sur Emile Jaques-Dalcroze et Hans Huber, a jeté son dévolu sur un compositeur assez peu connu en Suisse romande (l’est-il davantage outre Sarine?), Hermann Suter. Né en 1870 à Kaiserstuhl dans le canton d’Argovie, il entreprit des études musicales à Bâle, puis à Stuttgart et Leipzig. Celles-ci terminées, c’est à Zurich et dans ses environs qu’il se fit connaître, entre 1892 et 1902, comme un chef de chœur exigeant et apprécié. Installé à Bâle en 1902, il y dirigea, jusqu’à sa mort en 1926, l’Orchestre symphonique de Bâle avec lequel il interpréta un répertoire vaste et éclectique (sauf dans le domaine de l’opéra), où l’on relève bien sûr des compositeurs germaniques, mais aussi des Français (Dukas, Chabrier, …) ou des Russes comme Borodine; il fit entendre également des œuvres de ses contemporains, Schönberg, Bartók, Stravinsky ou … Honegger. Il dirigea aussi de 1918 à 1921 le Conservatoire de Bâle, et son engagement au sein de l’Association des musiciens suisses (fondée en 1900 par le professeur et journaliste vaudois Edouard Combe) fut remarqué. On notera à ce sujet qu’en 1911 il se rendit à Vevey pour une fête de cette association, ainsi qu’à Mézières pour assister à une représentation d’Orphée et Eurydice de Gluck dirigée par Gustave Doret; en plus de ce dernier, il rencontra quelques autres compositeurs romands. Suter reviendra en terres romandes, d’abord en 1920 où il offrira au public lausannois la Passion selon saint Matthieu de Bach avec son chœur Basler Gesangverein, puis en 1921 où, appelé à Genève par Ernest Ansermet, il dirigera entre autres les 6e et 9e Symphonies de Beethoven à la tête du tout jeune Orchestre de la Suisse romande.

Malgré toutes ces activités, Suter trouve un peu de temps pour composer: le catalogue de ses œuvres reste toutefois très restreint (moins de 30 numéros d’opus), mais de haute qualité, et comporte des compositions vocales a cappella (ce qui n’étonne guère vu son activité de chef de chœur) ou avec orchestre, de la musique de chambre (trois quatuors et un sextuor), une Symphonie op.17, qu’Ansermet dirigea en 1re audition à Genève et Lausanne en novembre 1919 et qu’il redirigera en décembre 1926 en hommage à son auteur décédé la même année, un Concerto pour violon op. 23 qu’Ansermet (toujours lui!) a donné en concert en janvier 1923 avec en soliste le célèbre violoniste Adolf Busch à qui l’œuvre est dédiée1. Cependant, le chef-d’œuvre de Suter est assurément Le Laudi di san Francesco d’Assisi pour solistes, chœur d’enfants, chœur mixte et orchestre, créé à Bâle en 1924, que le musicologue Harry Halbreich qualifie avec raison comme «un des très grands oratorios du début de ce siècle»2.

En dépit d’une présentation des œuvres dans l’ensemble assez sommaire (sauf pour la Symphonie et Le Laudi) et de quelques commentaires pour le moins curieux («Suter en restitue le fond sans sacrifier à une forme extérieure» ou «[Suter] a incarné l’esprit suisse […] grâce à la qualité de son éthique» …), le petit ouvrage de M. Lyon est une bonne introduction pour faire connaissance avec ce musicien attachant, d’autant plus qu’il n’existe pas de livre en français qui lui soit consacré.

Notes:

1   Nous avons trouvé ces informations, que M. Lyon ne signale pas, sur internet à l’adresse www.osr.ch/fr/concerts-billets/archives

2   D’après nos recherches sur internet, les mélomanes vaudois ont pu entendre cette œuvre en 2009 par le chœur Faller (dir. P. Mayer) et en 2014 par le chœur Bach de Lausanne et l’ensemble vocal Post-Scriptum (dir. R. Mayor).

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