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Rapport sur l'évolution et les perspectives de l'économie vaudoise

Vincent Hort
La Nation n° 2308 26 juin 2026

Le Département de l’économie, de l’innovation, de l’emploi et du patrimoine (DEIEP) communiquait le 28 avril dernier les résultats de la promotion économique vaudoise pour l’année 2025, avec des succès importants en termes d’implantation d’entreprises, de création d’emplois et de nuitées touristiques. Au-delà de ces chiffres réjouissants, le Département a également présenté les conclusions d’une analyse sur l’évolution de la situation économique du Canton dans une perspective de long terme. Cette étude, réalisée par l’institut bâlois BAK Economics1, revient sur trente-cinq années de développement économique et met en lumière les ressorts d’une prospérité remarquable mais qui reste néanmoins fragile.

La croissance vaudoise repose depuis 1990 sur trois piliers principaux: l’innovation, la diversification et l’ouverture internationale. Longtemps associée à l’agriculture, au tourisme, à l’industrie alimentaire, à l’horlogerie ou aux services financiers, l’économie vaudoise s’est progressivement enrichie de nouveaux pôles d’excellence dans les sciences de la vie, la santé, les technologies numériques, l’industrie de précision et les services à haute valeur ajoutée. Cette diversité constitue l’une des grandes forces du Canton et se traduit par un tissu très dense de grandes entreprises, de PME industrielles, d’entreprises familiales, de start-up, d’artisans, d’agriculteurs et d’institutions académiques.

Cette réussite ne doit toutefois pas masquer certaines fragilités. Si le succès du modèle vaudois est exceptionnel, il n’en demeure pas moins fortement dépendant de l’ouverture internationale. Or celle-ci est aujourd’hui menacée par les tensions géopolitiques, la résurgence de blocs économiques concurrents menant des politiques protectionnistes de plus en plus agressives.

Autre constat important: le formidable potentiel scientifique du Canton lié au dynamisme des Hautes Écoles ne se traduit pas suffisamment en innovations diffusées vers les PME et l’économie réelle. La poursuite d’une croissance harmonieuse et durable réside probablement dans la capacité à irriguer l’ensemble du tissu économique des avancées technologiques, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, plutôt que dans la simple augmentation quantitative des activités.

L’étude de BAK Economics a également mis en évidence une progression de la productivité vaudoise inférieure au reste de la Suisse. Rarement mentionnée, cette moindre performance s’explique en partie par le constat que la croissance récente de l’économie du Canton a largement reposé sur des activités à forte intensité de main-d’œuvre. Or ce modèle trouve progressivement ses limites: raréfaction des terrains à bâtir, pression sur les infrastructures, cherté de logement, pénurie de personnel qualifié et besoins croissants dans la santé et l’éducation.

Sans surprise, le BAK relève aussi, parmi les facteurs susceptibles de limiter l’attractivité économique du Canton, le niveau des prix, le poids de la réglementation, la part importante du secteur public et le niveau de taxation des personnes physiques.

Les perspectives demeurent toutefois favorables. L’innovation dans les sciences du vivant, les technologies médicales, le numérique et l’industrie de pointe offrent toujours des opportunités considérables. Mais à l’avenir, les enjeux énergétiques, la concurrence mondiale pour les talents, l’intelligence artificielle et le retour à une logique de blocs économiques fermés modifieront profondément les conditions de la prospérité vaudoise.

Dans ce contexte, la politique économique cantonale doit avant tout maintenir des conditions-cadres favorables. L’innovation ne doit pas rester concentrée dans quelques pôles d’excellence, mais profiter à l’ensemble du tissu économique. Le système de formation duale, les écoles professionnelles, les hautes écoles et l’EPFL constituent un avantage compétitif majeur qu’il convient d’adapter continuellement aux nouveaux besoins. Le soutien aux entreprises de l’économie réelle est particulièrement important car ce sont elles qui forment le socle de la prospérité vaudoise. Ce soutien se concrétise notamment par une fiscalité compétitive, une réglementation mesurée et une administration efficace. Enfin, une gestion attentive de la croissance migratoire et de ses conséquences sur les infrastructures, le logement ou l’environnement doit permettre de préserver la qualité de vie et l’identité qui participent aussi à l’attractivité du Canton.

Le rapport du BAK rappelle que la réussite vaudoise résulte d’un équilibre subtil entre ouverture au monde, diversité économique et excellence scientifique dans un environnement politique et juridique favorable. Grâce à la conjonction de ces facteurs, les trente-cinq dernières années ont été exceptionnellement propices à une petite économie dynamique comme celle du Canton de Vaud. Mais face aux tendances centralisatrices, à l’inflation réglementaire, aux rivalités entre grands blocs économiques, rien ne garantit que les trente-cinq prochaines le seront tout autant. Le principal défi des décennies à venir consistera donc à préserver les conditions qui permettent à l’économie vaudoise d’exprimer toutes les facettes de sa capacité de créer et d’entreprendre.

Notes:

1   Le canton de Vaud: évolution économique et conditions-cadres, BAK Economics, avril 2026.

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